Vivre dans la satisfaction à Garin Issa
Le village de Garin Issa est situé
dans la région de Tahoua au Nord-Ouest du Niger. Comme la plupart des villages
du Niger, l’eau est une denrée rare, l’accès à l’eau est l’un des principaux
défis des habitants. Et même lorsque l’eau existe, elle est souvent sale,
trouble ou contient des microbes nuisibles.
Le village de Garin Issa possédait un vieux
puits construit depuis les années 1970. L’eau de ce puits est devenue très sale
à cause des saletés et des déchets plastiques qui s’accumulent dans le puits.
La bouche du puits est d’ailleurs ouverte et accueille toute sorte de saleté et
de microbe.
Avec l’agrandissement du village, la
distance pour aller prendre de l’eau à ce puits est devenue aussi longue pour
de nombreux habitants de Garin Issa. C’est le cas de cette vieille femme appelée
Mariama.
Mariama
Salouhou est une femme âgée d’une soixantaine d’années qui vit dans le village
de Garin Issa, dans la région de Tahoua au Niger. Depuis près de 10 ans, cette
femme souffrait de manque d’eau potable à proximité. Sans argent ni force, elle
doit parcourir de longues distances pour aller chercher de l’eau. En effet, le
puits de son village n’ayant plus d’eau à certains moments de l’année, à cause
du changement climatique et du manque d’entretien, elle a dû aller en chercher
plus loin. De plus, même dans les années 2010, lorsque ce puits avait de l’eau
en permanence, celle-ci était de mauvaise qualité car la bouche du puits était
ouverte et toutes sortes de plastiques et de saletés pouvaient y pénétrer.
Tout le monde connaissait Mariama dans
le petit village de Garin Issa, car on la voyait passer tous les jours à 17
heures, avec sa charrette et ses 4 bidons jaunes et verts pour aller chercher
de l’eau sur une longue distance surtout en Avril lorsque le vieux puits
lui-même ne contenait point d’eau. Elle ne passait qu’une fois par jour, car
elle devait rassembler le peu de force qu’elle avait pour cette activité
(Prendre de l’eau à un vieux puits sans poulie est fatiguant comme on peut le
voir sur la 2e image).
Mariama a également plusieurs jeunes
enfants inscrits à l’école primaire de Garin Issa qui doivent également
parcourir, avec leurs camarades, la même distance avec des bidons de 5 litres
pour trouver de l’eau, boire, se laver et l’apporter à l’école.
La vieille femme voulait également
former un petit élevage de volaille et de moutons dans sa concession mais
n’arrivait pas à concrétiser ce rêve auparavant.
Avant
le forage, ces jeunes enfants étaient très sales, car ils ne pouvaient pas se
laver tous les jours. Bref, c’était toute la vie sociale et économique ainsi
que la santé du petit village qui étaient touchées par ce manque d’eau.
En
novembre 2024, Mariama a vu l’ONG ASB arriver dans son village avec des
travailleurs qui avaient réuni les villageois et les chefs de village pour leur
parler d’un programme appelé ECT WASH, ce programme pourrait facilitera
l’accès à l’eau et à l’hygiène pour de nombreuses personnes dans le village,
selon les agents du projet.
Mariama s’est immédiatement impliquée dans le
comité de gestion de l’eau mis en place par les travailleurs de l’ONG. Elle
occupe actuellement le poste de caissière. Ce rôle est souvent confié aux
personnes âgées en Afrique, car elles n’ont pas besoin de beaucoup d’argent
dans leur vie. De plus, les personnes âgées cachent bien leurs économies et
sont très discrètes. Ils ne risquent pas non plus d’être attaqués par des
bandits ou des voleurs, car les bandits pensent que les personnes âgées ne sont
pas riches.
En décembre 2024, à la fin des travaux,
Mariama a vu ce grand château d’eau, et ce forage tout près de chez elle, alors
elle a pris sa petite charrette et ses 4 bidons jaunes et verts pour aller
chercher l’eau.
On pouvait lire le soulagement et la
satisfaction sur son visage et elle était très attentive et concentrée
lorsqu’elle a constaté qu’en quelques minutes, et sans trop d’efforts, elle
pouvait avoir de l’eau. « Je n’aurais jamais cru que je verrais un jour un
tel rêve se réaliser dans mon village », a déclaré la vieille femme. « Nous
étions toujours malades à cause de l’eau sale que nous buvions, et toujours
fatigués par la distance que nous parcourions pour aller chercher de l’eau.
Mais maintenant, nous avons de l’eau très pure, très propre, qui nous permettra
de mieux vivre, de faire un petit élevage domestique, d’entretenir nos arbres à
la maison etc. Notre fatigue sera réduite et nos enfants pourront être propres
et bien travailler à l’école ».
Par l’intermédiaire d’une entreprise nigérienne, le programme ECT-WASH a construit un forage de taille moyenne d’environ 190 m de profondeur, avec un château d’eau en acier inoxydable d’environs 30 m³, un champ solaire de 31,8 KW, une pompe submersible hybride de 11 KW, une borne-fontaine à deux robinets, une potence d’eau avec un débit de 20 m³/heure. En outre, deux blocs sanitaires ont été construits, avec du matériel d’hygiène et d’assainissement mis à la disposition du comité. Cela permettra aux hommes et aux femmes de vivre dignement sans détruire l’environnement.
Selon le responsable des activités
communautaires du programme ECT-WASH, M. Mohamed Rissa dit TAIMAKO, « la
construction de forages fonctionnant à l’énergie solaire permet aux villageois
de dépenser moins car il y a beaucoup de soleil dans la région, ils n’auront
donc pas à payer de factures d’électricité. Cela permet également au comité de
gestion de l’eau du village de fournir de l’eau en permanence à tout le monde. Les
installations sont simples et l’eau est très potable. Un forage comme
celui de Garin Issa peut faire vivre un village de plus de 100 ménages, et les
animaux vont aussi se développer car chacun va pratiquer un petit élevage
domestique avec de la volaille, des chévres, des moutons et même des vaches.
Plus tard, selon TAIMAKO, les femmes du village viendront cultiver des légumes
à côté du forage et développer ainsi leurs moyens économiques. Les
bénéfices de l’eau dans les zones de Tahoua sont donc nombreux, outre
l’amélioration de la santé, de l’éducation, de l’agriculture, de l’élevage et
du commerce, le forage est aussi un excellent moyen de cohésion sociale
et de paix, car autour d’un petit puits qui n’a pas beaucoup d’eau, les
gens passent leur temps à se disputer ou se bagarrer, mais lorsqu’ils ont un
forage rapide comme celui-ci, il n’y a pas de file d’attente, tous ceux qui
viennent sont rapidement servis ».
Tout le village a été changé grâce à ce
forage, financé par le Ministère fédéral allemand des affaires étrangères GFFO
et Aktion Deutschland Hilft ADH. On peut progressivement observer la
multiplication des arbres dans les foyers, l’environnement du village est
devenu très propre, et dans chaque ménage, des animaux domestiques sont élevés
pour permettre de développer des petites économies. Les maladies récurrentes
comme le choléra, la dysenterie, et autres sont finies. Les gens
commencent à adopter des nouveaux comportements de vie basés sur la propreté et
la volonté de créer une autosuffisance alimentaire. Ces infrastructures
WASH ont également permis aux habitants de Garin Issa de bien s’organiser.
Maintenant ils savent ce qu’ils veulent, ils sont conscients du rôle de l’eau
et des latrines dans leur vie et ils commencent à prendre soin des réalisations
de ECT-WASH comme s’il s’agissait de leur propre matériel.
L’eau c’est la vie, et Mariama ne cesse de
contempler le réservoir de ce forage en disant à haute voix « tu es une source
de bonheur ! »